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Bibliothèque nationale. Plongée dans les coulisses
Bibliothèque nationale. Plongée dans les coulisses
Sésame pour des trésors
Par : Zineb Merzouk (El Watan. 07/12/2006)

Bâtiment ultramoderne, penché de près sur le Jardin d’essais, la Bibliothèque nationale d’Algérie est impressionnante. Un peu comme un bâtiment imprenable. C’est que, hormis les activités culturelles qui s’y déroulent, on ne sait pas grand-chose de cette institution « gardienne des patrimoines national et international, préservatrice de la mémoire collective » et haut lieu de la culture. D’où l’idée d’aller au-delà de son hall, des salles de lecture et des salles de conférences accessibles à tous. Contact est donc pris avec la direction qui est très vite charmée par l’idée de nous « ouvrir » les coulisses.
Petite déception : parking payant à l’entrée ! Sans radinerie aucune, nous avons un peu de mal à concevoir l’idée que dans un tel lieu, l’on puisse exiger de payer pour accéder en voiture. D’autant que l’accueil à ce niveau n’est pas toujours des plus agréables. D’autres déceptions nous attendaient, mais nous avons décidé de ne pas y prêter trop d’attention. Positivons et go pour la balade ! Après un passage du côté de l’administration, Mme Oumnia, chef de service Formation, nous prend en charge. C’est elle qui va nous servir de guide durant deux journées. Dimanche, en fin de matinée, petite réunion à la cafétéria pour faire le point du parcours. C’est que cette institution compte environ 25 services. Certains sont interdits d’accès à toute personne étrangère. Aucune faveur n’est permise. D’autres se situent au niveau de l’annexe, boulevard Frantz Fanon. Et nous n’aurons pas la possibilité de tout voir. On mentionne la salle des manuscrits, sise au sous-sol, et qui semble bien receler des petites merveilles. La curiosité l’emporte, nous décidons de commencer le circuit par ce service et, en fait, d’axer notre travail dessus. D’autant qu’on nous a évoqué trois manuscrits du Coran qui nous laissent rêveurs : le plus petit, le plus ancien et le plus beau. Une sorte de « trinité » incontournable du coffre-fort. Nous traversons le hall qui abrite le Salon national du livre et nous prenons une porte dérobée, juste derrière un stand. En bas, le silence est d’or et soigneusement « recommandé ». Ici, seuls les chercheurs sont autorisés, cartes en main, à venir passer quelques heures de travail dans ce lieu de recueillement. Des tables sont disposées sur le côté gauche. En cette journée, aucun chercheur, rat de bibliothèque en vue. Mais ils sont nombreux — algériens et étrangers — à venir régulièrement consulter des ouvrages. C’est ce que nous explique El Akh Rachid, chef de service qui nous accueille très gentiment. C’est un ancien des lieux et un passionné qui passerait volontiers des heures à parler de manuscrits. Le contact passe très bien, il nous montre du doigt, juste derrière lui, le coffre-fort. C’est dans cette pièce que sont soigneusement cachés les fameux manuscrits. L’accès est interdit, nous nous en doutions un peu. Mais il accepte de nous montrer la « trinité » et permet même à notre photographe de prendre quelques prises, à condition de ne pas actionner le flash. Ce dernier risque de détériorer les supports fragiles. Et voilà les trois manuscrits sous nos yeux. Une foule de pensées nous envahit. Ils sont si anciens, si précieux… et si fragiles. Notre interlocuteur joue le jeu du suspens. Malicieux, il nous fait un cours d’histoire et tarde à nous « découvrir » la première pièce, considérée comme l’un des plus petits Coran du monde. Elle mesure à peine plus de 2 cm2 et l’écriture est indéchiffrable à l’œil nu. Elle s’ouvre en accordéon et est âgée de 3 siècles (XIe siècle de l’Hégire, XVIIIe siècle de l’ère chrétienne environ) et a été restaurée à la BNA. Toujours avec une infinie délicatesse, El Akh Rachid nous montre le plus ancien manuscrit. Un Coran en parchemin, âgé de 11 siècles. Là encore, nous ne pouvons déchiffrer grand-chose, non pas à cause de la taille mais plutôt à cause de l’usage du Khat El Koufi (calligraphie ancienne à caractère anguleux). Ce manuscrit a survécu grâce à l’utilisation d’une encre insoluble qui a permis une parfaite conservation de l’écriture. Et enfin, le plus beau… un petit bijou. Il s’agit d’un Coran écrit pour un roi, signé par un Nassekh Moutahar, nommé Ibn Mohamed El Hamaoui, fait en Syrie en l’an 768 de l’Hégire (1367). Sa particularité réside d’abord dans sa forme semblable à une enveloppe. Ecrit à l’encre d’or, il est minutieusement rédigé au khat machriki (oriental) et ne devrait pas sortir du coffre-fort, étant en cours de restauration. Mais, il faut le dire, nous sommes des privilégiés en ce jour et en ces lieux ! Cependant, nous ne pourrons pas mettre le nez dans la chambre forte. Peut-être une autre fois ! En attendant ce jour béni, El Akh Rachid nous parle du contenu de la pièce. Elle contient pas moins de 4000 volumes dans différentes langues (arabe, turque, persane…) qui couvrent plusieurs domaines : Coran, hadith, théologie, droit, politique, philosophie, logique, arithmétique, géométrie, astronomie, géographie, histoire de l’Algérie, médecine… L’acquisition de ces précieux manuscrits se fait par les dons émanant de personnes physiques ou morales. Mais ces dernières se font de plus en plus rares. En général, ces manuscrits représentent bien plus qu’une fortune, un héritage précieux dont on ne veut pas se séparer. La BNA a donc un budget — dont nous ignorons le montant — pour l’achat de ces raretés, qui permet l’acquisition d’une centaine de manuscrits par an. Non loin du coffre-fort, le magasin des livres rares et précieux. Il y règne un calme infini et une odeur de vieux livres. Le genre d’endroit où le temps échappe à toute mesure et où l’air n’a plus que la consistance que l’on souhaite. Les nombreuses étagères ne contiennent pas des manuscrits, mais des imprimés, dans différents domaines. Les pages sont jaunies mais encore malléables et très lisibles. Et il y a de tout : science islamique, en particulier, mais aussi, histoire, philosophie, médecine, littérature… en arabe et en français surtout. Le plus ancien de ces livres, nous dit encore El Akh Rachid, remonte à 1568 de notre ère, Les Quatre livres de la navigation et des pérégrinations, de Nicolay d’Auphinoys. Sur ce, nous quittons ce passionné de raretés pour aller visiter le service de la conservation et de la restauration des manuscrits, constitué d’un laboratoire et d’un atelier. Ici, il n’y a que des femmes. La délicatesse féminine fait des miracles ! Un véritable travail de fourmi est effectué chaque jour. Le laboratoire est chargé d’analyser les matériaux utilisés dans la restauration, le traitement et la conservation des documents anciens, nous explique la chef de service, Mme Adila. Le personnel de ce service est chargé de contrôler les variations des paramètres climatiques (température et humidité) dans les magasins, de sensibiliser le personnel à la préservation des collections, de contrôler les conditions d’exposition des documents rares et précieux, ainsi que de la dératisation de tout le bâtiment. En parallèle, une autre équipe est chargée de la duplication des documents. Pour éviter que les livres rares et les manuscrits ne soient détériorés à force de manipulation et pour qu’ils soient à la disposition des chercheurs, ils sont numérisés et dupliqués sur microfilms. C’est donc une véritable chaîne humaine qui procède au classement des ouvrages avant de les passer à la reliure, reproduction, cotation et catalogage. Notre première journée se termine à ce niveau. Rendez-vous est pris pour le lendemain, lundi, même heure. Cette fois-ci, nous ne serons pas des privilégiés, puisque la balade se poursuit dans des bureaux administratifs. Et pour conclure avec les manuscrits, nous sommes reçus par Mme Sebah, responsable de département. Une autre passionnée qui nous prévient d’emblée : « Si vous ne m’arrêtez pas, je n’arrêterais pas d’en parler ! » Elle nous évoque différents aspects de ce département et insiste particulièrement sur les critères d’achat des manuscrits. Une commission d’évaluation est chargée, selon des barèmes particuliers, d’étudier l’importance du manuscrit et fait appel à des consultants dans certains cas. Les critères, en gros, se résument à l’unicité du document, son thème (l’astronomie et la grammaire arabe sont les plus rares et donc les plus intéressants), son auteur, sa datation… Ce qui permettrait d’évaluer son prix, avant de procéder à son achat. Mme Sebah nous affirme que, pour l’année 2005/2006, la BNA a acquis 139 manuscrits (fiqh, hadith, Coran, grammaire et un d’astronomie) et que 108 sont actuellement en étude d’évaluation et en cours d’acquisition. La restauration coûte excessivement chère et les fournisseurs ne sont pas nombreux. Mais notre interlocutrice ajoute que, pour cette année, une enveloppe spéciale a été allouée, ce qui a permis d’acquérir un bon équipement pour la reproduction, la conservation et la restauration. Quant aux difficultés auxquelles il faut faire face, notre interlocutrice brandit le manque de formation. « Nous travaillons beaucoup avec la Bibliothèque nationale française. Mais ce serait bien si nous pouvions avoir des formations avec les Canadiens qui, eux, sont les spécialistes en matière de prévention », nous explique-t-elle. Ainsi, il serait souhaitable de pouvoir conserver les ouvrages très récents qui, à leur tour, seront des documents rares et précieux à l’avenir. En attendant que les vœux de Mme Sebah soient exaucés, nous prenons congé pour aller voir le service du dépôt légal. Là encore, c’est dans une fourmilière que nous nous retrouvons. Avec le Salon national qui se tient dans le hall de la BNA, le travail ne manque pas. Le dépôt légal, bien qu’obligatoire, semble méconnu des principaux concernés (éditeurs, auteurs, imprimeurs). Mme Hayet Goumi, chef de service, nous explique que cette collecte de toute production documentaire nationale (livres, affiches, scénarios, gravures, brochures, périodiques, cartes postales …) permet d’abord de constituer la bibliographie de l’Algérie. Si une partie des ouvrages déposés sert à faire des échanges avec d’autres bibliothèques nationales, à alimenter le fonds maghrébin, un exemplaire de chaque production est soigneusement classé dans un coffre-fort, transmissibles aux générations futures. Coffre-fort auquel, une fois de plus, l’accès est strictement interdit. Nous avons tout juste le droit d’accéder au magasin de pré-stockage qui est particulièrement chargé grâce au Salon. Le personnel est donc chargé de réceptionner les dépôts, de les classer par fiches signalétiques et de faire la mise à jour du fichier des éditeurs (sur un plan national et international). Le tout avec le sourire ! Sourires échangés, sourires entendus, nous voilà en fin de mission. Nous n’avons pas pu accéder à tous les départements de la BNA, mais nous avons réussi à forcer quelques portes, à arracher des explications et, surtout, à voir un peu plus clairement le fonctionnement de cette institution. Du moins, nous sommes parvenus à avoir une autre vision des lieux, et à nous faire une toute autre idée du personnel qui, en général a été des plus accueillants…
http: //www.biblionat.dz
Les fonds spéciaux
Ils sont constitués des donations de personnes, de familles ou d’institutions. Ils sont constitués d’ouvrages, de manuscrits, de correspondances, d’iconographies, de photos, etc. La BN a reçu ainsi les fonds de Stéphane Gsell, archéologue spécialiste de l’Algérie antique, du poète Jean Sénac, de l’écrivain Jacques Berque, de cheikh Biyoud, théologien ibadite, de cheikh El Ibrahimi, grande figure de l’Association des ouléma. Elle compte aussi le fonds Inal ainsi que ceux d’autres particuliers et familles qui sont de plus en plus nombreux à céder leurs archives privées à l’institution. La BN n’a pas reçu cependant le fonds de Abdelkader Farrah, ancien scénographe de la Royal Company de Londres, et annoncé récemment comme cédé par sa famille à l’Algérie.

Zineb Merzouk


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