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Analyse du secteur culturel en 2011


Docteur en Sciences de gestion, Ammar Kessab est expert en management et politiques culturelles auprès de plusieurs organismes internationaux. Au cours de l’année 2011, il a notamment participé à l’élaboration de la politique culturelle de la République du Bénin, de la politique culturelle de la ville de Montreuil en France, et à l’établissement du Fonds Africain pour les Arts et la Culture dont il dirige le projet depuis le Cap, en Afrique du Sud.

L’Algérie connait ces dernières années une véritable avalanche de festivals et d’activités culturelles qui font dire à certains que le secteur ne s’est jamais mieux porté. Pensez-vous que la multiplication des événements est synonyme de bonne santé culturelle ?

En effet, les évènements culturels se sont multipliés à une cadence impressionnante ces cinq dernières années. Rien que pour les festivals, on dénombre l’organisation, chaque année, de 61 festivals locaux, 20 festivals nationaux et 18 internationaux, ce qui place l’Algérie en tête du classement en Afrique et dans la région arabe en matière de nombre des festivals.
Sur la forme, ce foisonnement ne peut être que salutaire, car il a remplacé le « désert culturel » qui a marqué l’Algérie tout au long de la décennie noire.
Mais c’est sur le fond que le bât blesse : le fait que ces évènements culturels et artistiques soient pratiquement l’œuvre exclusive d’une seule autorité –le ministère de la Culture en l’occurrence–, qui exerce par ailleurs une hégémonie totale sur l’action culturelle, pose le problème fondamental de la place de la société civile en tant que socle de la démocratie. Dans les pays démocratiques, le ministère de la Culture n’initie pas les activités culturelles, mais veille à organiser, à réguler et à financer le secteur culturel qui doit être animé par les associations et autres organismes indépendants. C’est ce qui donne naissance à une action culturelle indépendante, émanant du profond de la société avec toute sa diversité culturelle.
Je ne connais pas, en Afrique du Sud par exemple, un seul événement culturel initié directement par le ministère de la Culture. Faut-il rappeler ici que le modèle sud-africain en matière de gestion culturelle est leader sur la plan continental, il dépasse même de loin, en termes d’efficacité, ce qu’on peut trouver dans certains pays européens. L’Algérie gagnerait à s’en inspirer. Le modèle français n’est pas viable pour notre pays, pour des raisons idéologiques, techniques et structurelles.


Malgré le budget colossal alloué à la culture, les artistes dénoncent la marginalisation, le manque de perspectives et la mauvaise gestion du secteur. Comment expliquez- vous ce paradoxe qui fait que l’argent est là mais que les acteurs de la scène culturelle n’en bénéficient pas ?


Le budget de la culture en Algérie a atteint le record historique d’environ 450 millions de dollars en 2011. En 2003, il était d’environ 30 millions de dollars. Il a donc été multiplié par 15 en 8 ans. Le problème est que cette augmentation rapide et vertigineuse du budget consacré à la culture n’a pas été suivie par une évolution de l’administration qui le gère. Les cadres de cette administration, très peu qualifiés, voire pas du tout, devaient donc dépenser cet argent dans un secteur qu’ils ne connaissaient que très peu. Et comme le « festival » est sans doute la forme la plus « ostentatoire » de l’action culturelle, ces cadres ont fait de cette activité une priorité absolue, réduisant au passage les canaux d’expression culturelle et artistique de tout un peuple au seul spectacle.
D’un autre côté, la société civile, méprisée, haïe et traitée par tous les noms (parfois par elle-même !), est souvent présentée comme un nid à voleurs. C’est ainsi qu’on justifie facilement son exclusion : aujourd’hui, les associations bénéficient d’à peine 0,19 % du budget global consacré à la culture. Certes faibles structurellement et peu organisées (ce qui peut ouvrir la porte à quelques opportunistes malintentionnés), les associations culturelles et artistiques ne sont pas le reflet d’elles-mêmes, mais sont le reflet de la politique publique qui veut qu’ils le soient. Sachant que ces associations sont censées être les structures auprès desquelles artistes, écrivains et autres créateurs trouvent soutien et appui, ces derniers sont donc marginalisés par la force des choses, et le demeureront tant que la société civile est méprisée.
Il aurait été donc plus raisonnable de commencer par former des managers culturels, et d’établir une stratégie à long terme à travers une politique culturelle claire qui donne toute sa place à la société civile.


En parlant de politique culturelle, vous avez participé, la semaine dernière, à une rencontre entre intellectuels et artistes pour débattre de cette question très sensible. Quel est le constat et/ou recommandations qui en ressortent ?


La rencontre/débat sur la politique culturelle en Algérie a réuni des acteurs culturels venus d’horizons divers. Nous avons essayé, autant que possible, d’éviter de perdre du temps en décrivant un secteur culturel que tout le monde sait frêle, à cause de la fragilité des bases sur lesquels il a été construit. Nous nous sommes surtout concentrés sur les recommandations concrètes qui peuvent être introduite dans la feuille de route sur la politique culturelle de l’Algérie, que nous sommes en train d’écrire. Ainsi, nous avons par exemple commencé à donner une définition à la culture en Algérie, et avons élaboré une dizaine de recommandations, comme par exemple l’obligation de consacrer au moins 25% du budget de la culture aux associations culturelles et artistiques et la création d’un organe de contrôle des subventions qu’ils reçoivent ; la dotation des directions de la Culture des wilayas de l’autonomie morale et financière ; et la création de fonds artistiques dirigés par des conseils d’administration indépendants. Nous avons aussi établi la liste des textes que l’Algérie a ratifiés et les textes fondateurs de la nation algérienne, qui traitent de la question culturelle, car ils constituent la base de cette feuille de route qui sera finalisée dans les trois prochains mois.


Quelles perspectives pour le secteur culture en Algérie à l’orée de 2012, année des grands enjeux politiques et des retombées des derniers événements du monde arabe ?


Je pense que l’année 2012 sera l’année de l’éveil du secteur culturel indépendant, qui d’ailleurs commence à prendre conscience qu’il faut qu’il prenne désormais son destin en main pour élaborer sa propre stratégie, trouver de nouvelles sources de financement et initier sa propre action culturelle. Regardez, cette année, plusieurs projets ont bénéficié du Fond SANAD d’Abu Dhabi, qui a enregistré des demandent records venues d’Algérie, ou encore du Fonds Arabe pour les Arts et la Culture. Les artistes commencent aussi à s’organiser, et s’inscrivent de plus en plus dans le cadre régional grâce aux nouveaux médias (surtout Facebook). Ils tissent des liens solides avec les artistes nord-africains, notamment ceux de l’Egypte et de la Tunisie. Ils essayent ensemble de dessiner les contours d’un secteur culturel indépendant, nouveau, qui tire sa force des citoyens. Plusieurs réseaux sont en cours de construction, derniers en date la plateforme des associations pour le Festival Itinérant du Festival Maghrébin.


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